Une histoire cuisinée à deux
Deux personnes, une histoire
Créer un monde, et encore plus une histoire, avec la personne que l’on aime est une expérience profondément unique. C’est à la fois magique… et exigeant. J’aime comparer cela à la préparation d’un grand repas à quatre services (sur une durée nettement plus longue). L’un s’occupe de couper les ingrédients, l’autre des sauces et des épices, puis on mélange, ajuste, goûte. Et surtout, on parle. Beaucoup. Parfois pour se coordonner, parfois pour évacuer.
Comme en cuisine, les ratés peuvent arriver. On se trompe, et des fois on n’est pas d’accord. Et quand le projet est créatif, ces désaccords peuvent vite devenir personnels. J’ai appris, au fil du temps, que je devais progresser sur un point essentiel : recevoir les retours sur mes illustrations. Mettre un peu d’ego de côté. Comprendre ce que je dessine n’est pas “mon” œuvre, mais une vision commune.
Ce n’est pas toujours facile. Quand on passe des heures sur un dessin, chaque trait devient intime. Mais créer à deux demande une chose fondamentale : la capacité d’exprimer honnêtement ce que l’on ressent face au travail, sans attaquer l’autre, et sans se sentir attaqué soi-même. Parce qu’au fond, nous poursuivons exactement le même objectif : raconter la plus belle histoire possible pour notre enfant.
Et non, ce n’est pas toujours des arcs-en-ciel et des papillons. La communication peut être fatigante. Les retours peuvent sembler durs. Les désaccords arrivent. Et ce projet devient parfois une balle de plus à jongler dans une vie déjà bien remplie.
Mais c’est aussi ce qui rend l’expérience si précieuse. Créer ensemble, c’est apprendre à mieux s’écouter, à mieux formuler, à mieux faire confiance. C’est accepter que le résultat final soit plus riche que ce que l’un ou l’autre aurait pu imaginer seul. Et au bout du chemin, il y a une histoire qui nous ressemble — et qui, on l’espère, accompagnera notre enfant longtemps tel un plat préféré :)
Le baliste picasso à la Réunion © Collection privée